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Désirs de déserts -- De plus en plus de Français choisissent le désert comme destination : ils sont en quête de beauté, d'espace, de silence... et d'eux-mêmes. Tamanrasset, le Hoggar, Tombouctou, l'Atlas, le Ténéré, le désert blanc égyptien, le granit bleu et le grès rouge de Jordanie. Mais aussi les déserts d'Iran, d'Arabie Saoudite, de Mongolie, d'Afrique australe. Le vide désertique est à la mode et les immensités de sables, de roches et de vents, attirent de plus en plus d'Occidentaux. Surtout des Français d'ailleurs. L'an dernier, les agences spécialisées dans ces destinations-là ont enregistré près de 20 000 adeptes de marche et de bivouac. Cette tendance concerne des cadres supérieurs plutôt bien installés dans la vie, d'un âge compris entre 35 et 70 ans, riches d'un bagage universitaire, le plus souvent citadins, et dont près du quart renouvellent l'expérience de la drogue du désert année après année. Pour les plus aventuriers, les catalogues spécialisés fourmillent de destinations pour mieux approcher le grand mystère du désert.
Que vont-ils y chercher ? «Une certaine idée de la liberté», assure Nicolas Loizillon, qui parcourt le Sahara depuis vingt-sept ans. «Ils vont aussi à la rencontre de paysages grandioses et de ces derniers endroits où vivent des nomades. Et puis, le Sahara participe aussi de notre histoire, à nous, les Français.» Le Sud algérien, qui abrite sans doute le plus beau des déserts, revient ainsi en force après les années de fermeture du pays. «Le désert, c'est très particulier», ajoute-t-il. «On y trouve ce qu'on veut : une façon de vivre, un rythme, un grand repos intellectuel, quelque chose de très simple. Au coeur du désert, on est totalement subjugué.» Le grand désert pour poncer les âmes, comme l'écrivait Théodore Monod ?

Un espace de conquête -- Dans l'imaginaire des citadins, le désert est un espace naturel à la fois grandiose et dangereux . Celui qui l'affronte, se voit comme une sorte de «conquérant». Sous cet angle, le désert est valorisant : c'est un lieu d'exploits. D'ailleurs, dans les publicités qui invitent les gens à partir dans le désert, on parle souvent de «raid», qui renvoie à une expérience militaire. Souvent, le voyageur investit également le rôle de l'explorateur persuadé de fouler un sable que personne n'a connu avant lui. Le désert, c'est finalement un univers exotique qui sert de terrain d'exploration, d'action et de jeu aux visiteurs arrivant du monde opulent pour se sentir exister.
Le désert fascine peut-être aussi parce que c'est un lieu de retraite, de spiritualité, un paysage absolu, où l'homme est face à lui-même et face à une nature dans l'immensité de laquelle il n'est qu'un grain de sable. Une condition qu'il a fini par oublier entre les murs de ses grandes villes et dans le confort de son quotidien.
Mais si le désert est un terrain de découverte valorisant pour les Occidentaux, il ne faut pas oublier ses habitants, trop souvent caricaturés Dans le désert, l'important pour survivre est de tisser les réseaux les plus larges possibles, de nouer des liens avec le plus grand nombre de personnes et de communautés, de parler plusieurs langues, d'élargir les échanges et les liens de solidarité. L'arrivée d'un étranger est donc très intéressante. Un étranger qui laisse ses préjugés et ses clichés à la maison pourra découvrir beaucoup de choses passionnantes en dialoguant avec les Sahariens qui ne demandent qu'à échanger des idées, des savoirs, des nouvelles, des analyses. Au lieu de Touareg intemporels, sans mémoire et sans histoire, qu'il croise dans les «raids» touristiques, il entendra les voix parfois dérangeantes, les soucis, les joies ou les douleurs d'hommes et de femmes qui vivent dans une situation très difficile et qui ont besoin d'interlocuteurs plutôt que de voyeurs.
 source : Sudouest Dimanche 28 avril 2002                                                                  
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