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L'ancienne gare de Cahors
de Valérie Larbaud

 

 Voyageuse! ô cosmopolite à présent

Désaffectée, rangée, retirée des affaires.

Un peu en retrait de la voie,

Vieille et rose au milieu des miracles du matin,

Avec ta marquise inutile

Tu étends au soleil des collines ton quai vide

(Ce quai qu'autrefois balayait

La robe d'air tourbillonnant des grands express)

Ton quai silencieux au bord d'une prairie,

Avec les portes toujours fermées de tes salles d'attente,

Dont la chaleur de l'été craquèle les volets...

O gare qui as vu tant d'adieux,

Tant de départs et tant de retours,

Gare, ô double porte ouverte sur l'immensité charmante

De la Terre, où quelque part doit se trouver la joie de Dieu

Comme une chose inattendue, éblouissante 

Désormais tu reposes et tu goûtes les saisons

Qui reviennent portant la brise ou le soleil, et tes pierres

Connaissent l'éclair froid des lézards; et le chatouillement

Des doigts légers du vent dans l'herbe où sont les rails

Rouges et rugueux de rouille,

Est ton seul visiteur.

L'ébranlement des trains ne te caresse plus :

Ils passent loin de toi sans s'arrêter sur ta pelouse,

Et te laissent à ta paix bucolique, ô gare enfin tranquille

Au coeur frais de la France.

Valérie Larbaud

Lettre à Marie
de Jacques Réda

 

Vous m'écrivez qu'on vient de supprimer le petit train d'intérêt local qui,

Les jours de marché, passait couvert de poudre et les roues fleuries de luzerne

Devant le portail des casernes et des couvents.

Nous n'avions jamais vu la mer. Mais de simples champs d'herbe

Couraient à hauteur de nos yeux ouverts dans les jonquilles.

Des processions de folle avoine nous guidaient

Vers les petites gares aux vitres maintenant crevées,

Abandonnées sans rails à l'indécision de l'espace

Et à la justice du temps qui relègue et oublie

Tant de bonheurs désaffectés sous la ronce et la rouille.

N'oubliez pas

Dites comme nos mains furent fragiles dans la vôtre

Et qu'ont-ils fait de la vieille locomotive ?

Jacques Réda, Récitatif, 1970.

Le miroir
de Jean Joubert

 

Le miroir se souvient des visages,

Le miroir se souvient des milliers de visages

Qui se sont posés sur lui

Comme des papillons, un instant, sur leur reflet

Se posent, puis mortels sont emportés

Par le vent qui les efface :

Visages d’enfant, d’hommes, de femmes,

De vieillards,

Visages velu d’un chien,

Parfois visage d’un fantôme,

Penché sur une épaule,

Et qui regarde

De son regard sans yeux

Dans le miroir

Les innombrables visages,

Les innombrables feuilles

De cette forêt de visages.

Ah! Miroir, forêt d’images,

Empire de la mémoire,

Rends-moi le jeune visage

De celle qui jadis dans cette chambre

Vers ton eau profonde se pencha

Et dénoua, pour la première fois, sa chevelure.

Jean Joubert

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